
Pouvez-vous vous présenter ?
Professionnellement, j’ai eu trois carrières toutes liées par le langage. J’ai commencé dans l’informatique avec le langage comme moyen d’action. J’ai surtout travaillé dans le domaine de l’industrie où le langage est véritablement utilisé « pour faire » avec une attention particulière aux énoncés informatiques, leur grammaire et leur lexique. La fermeture de la société où je travaillais m’a incitée à créer une entreprise individuelle et durant deux ans j’ai continué mon activité dans l’informatique tout en intervenant dans des écoles comme formatrice en informatique auprès des élèves. À la suite de cette expérience, j’ai obtenu le CRPE qui a ouvert ma deuxième carrière comme professeur des écoles. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me poser des questions spécifiques relatives aux conditions d’apprentissage et à l’égalité scolaire dans le domaine de la langue car j’exerçais alors dans une école classée REP. Comment donner accès à la pratique de l’écrit à tous même à ceux qui en sont éloignés ? et plus précisément à l’école primaire avec des élèves de 3 à 10 ans. J’ai commencé à y répondre lors d’un master de didactique du français langue maternelle et littérature où j’ai rencontré Catherine Frier, Françoise Boch, Catherine Brissaud et Jean-François Massol qui m’ont donné le goût de la recherche. C’est ainsi qu’a débuté ma troisième carrière, toujours sur des questions de langage centrées sur la didactique de l’écrit et les conditions scolaires propices à une acculturation à l’écrit. J’ai soutenu ma thèse en 2018, elle portait sur l’acculturation à l’écrit en classe de CP et plus particulièrement sur la documentation et les effets des gestes professionnels adaptés des enseignants dans ce domaine. J’ai ensuite occupé un poste d’ATER durant 3 ans comme enseignante dans l’équipe français de l’Inspé de Grenoble et, cette année, je travaille dans le cadre d’un postdoc avec Jérôme Riou sur le projet ÉOL de Pégase. Mes centres d’intérêts en recherche portent sur la construction d’un cadre culturel scolaire en lecture et production d’écrit favorisant l’engagement des élèves dans la pratique autonome de l’écrit.
Quel rôle jouez-vous dans Pégase ?
Depuis trois ans, je contribue au pôle Pégase dans les actions 1, 3 et 4. Dans le cadre de l’action 1, j’ai initié en 2023 un atelier mémoire de master MEEF co-encadré par un enseignant de terrain, un chercheur et un formateur pour mieux adosser la formation des enseignants à la recherche. L’objectif de cet atelier est de développer des dispositifs scolaires d’engagement dans la lecture en REP en jouant notamment sur le levier de la collaboration entre l’école et la bibliothèque scolaire. En 2024, j’ai également contribué à la formation des enseignants pour le projet Ecrire ! de l’action 3 de Pégase en lien avec le suivi de cohorte. L’enseignement du processus d’écriture aux élèves de cycle 3 est au cœur de ce projet. Enfin, je collabore pleinement depuis 2025 au projet ÉOL, Écrire avec des Ouvrages de Littérature de jeunesse de l’action 3. Cette recherche collaborative associe des enseignants, des chercheurs et des formateurs. À travers la construction de scénarios didactiques pour produire des écrits en classe de CP avec des albums de littérature jeunesse, nous cherchons d’une part à mettre en évidence le lien production d’écrit et compréhension de l’écrit et d’autre part à développer l’expertise des enseignants dans ce domaine.
Pourquoi avez-vous souhaité vous impliquer dans Pégase ? Qu’est ce qui vous intéresse plus particulièrement ?
En tant que chercheure, occasionnellement formatrice et professeur des écoles et enseignante en Inspé, l’ambition de transformation des pratiques enseignantes portée par Pégase a naturellement beaucoup de sens pour moi. Je suis convaincue que les apports de la recherche à la formation sont essentiels mais que les apports des praticiens, soit les enseignants, à la recherche le sont tout autant. Recherche et enseignants ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre aussi la volonté de mettre en place un écosystème associant les laboratoires de recherche de l’UGA, les Inspé et le rectorat de Grenoble m’apparait comme une richesse particulière du territoire. La place accordée dans les recherches à la collaboration entre les formateurs, les enseignants et les chercheurs comme dans ÉOL et Écrire ! est ce qui m’intéresse le plus. Les enseignants du primaire, qui ne sont pas des spécialistes comme ceux du secondaire, et avec lesquels je travaille témoignent régulièrement de l’intérêt que représente cette approche pour eux. Ils disent « se nourrir » des temps de travail collectifs. Dans mon domaine de recherche, l’acculturation à l’écrit, la transformation des pratiques dépend fortement de ce nourrissage utile à la compréhension du rôle à jouer par l’école dans la médiation à l’écrit.